Une vie bien trop normale

25 juin 2008

Connerie mon amie

Me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes avaient cette fâcheuse habitude à la connerie.

Prenons mon patron, l’archétype du père de famille heureux. La femme, le chien, les deux gosses, la villa, la piscine et l’indémodable voiture familiale et son autocollant « Berger Allemand ». Tout pour atteindre la plénitude de l’existence en fait.

Malgré tout ça, ce type doit bosser au moins douze ou treize heures d’affilées. Mangeant une pomme pour sa pause de midi et retenant par une singularité physique ses fluides corporels.

Plusieurs explications s’offrent à moi.

-          Ce type est un zombie.

-          Ce type est un robot.

-          Je suis trop con pour comprendre ce train de vie (ah ?)

-          Obi-wan Kenoby

Alors que je me pose tant de questions d’une très haute valeur culturelle. Arrive le dit bonhomme dans sa chemise à rayures.

-          Dites Monsieur, prendre des congés en pleine journée comme ça, ça on fait pas ici.

-          Ah oui désolé, ma grand-mère s’est pété le col du fémur et elle ne va pas bien du tout.

-          Et ?

-          Beeeeen j’ai voulu aller la voir.

-          Ah non ce n’est pas une excuse ! Il faut prévenir une semaine à l’avance et c’est pareil pour tout le monde ici !

Puis il s’en va sans même me laisser le temps de lui enfoncer mon clavier dans la tête. Arborant fièrement une moue de dédain comme un gamin fière d’avoir foutu une branlée au plus petit de la classe.

Si on analyse sa réaction, je dirais qu’a ce point là, autant le piquer et dresser sa tête au dessus de la cheminée.

En général la période « je suis immortel, rien ne peut m’atteindre » se situe entre 15 et 22 ans en comptant large. Là ce mec à 36 ans, il devrait avoir eu le temps de s’apercevoir de sa mortalité ! Et bien non !

Je souhaite rarement le mal des gens mais sur le moment, je le voyais tout seul et vieux, encastré dans un lit de maison de retraite, sentant la mort toute proche et souhaitant que quelqu’un soit là pour lui dire au revoir, mais il n’y aurait personne. Ses enfants, petits-enfants n’auraient rien à faire de la mort du débris sénile qu’il est devenu.

Pour revenir sur le fait de savoir s’il est un mutant zombie alien robotisé je revois mon jugement, ce mec est un gros con, tout simplement…

Posté par Paracethamol à 09:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]


23 juin 2008

Le message

C’était jeudi 19 juin 2008. Je me lève comme chaque matin, la tête chargée par l’absorbation d’une dose de nicotine trop élevée la veille. Je me suis coucher tard, ou tôt tout dépend du référentiel.

Le cendrier trône fièrement sur mon bureau, vomissant un torrent de mégots.

Première pensée matinale :

-          Mmmh, faudrait que je le vide…

Ma main attrape le téléphone portable posé à coté du lit.

1 Message non lu

-          Coucou, ta grand-mère est tombée et s’est fracturé le col du fémur. Ta mère.

Ma grand-mère, une petite bonne femme de tout juste

1 mètre 50 et 36 kilos. Quatre-vingt huit ans au compteur, une tête parfois absente mais tout de même lucide.

Je l’aime bien ma grand-mère, elle ressemble à ces mamy de publicité pour confitures et de gâteaux. Serrée dans son ignoble robe fleurie et ses charentaises trop grandes.

Je reviens à la réalité, il est l’heure pour moi d’aller bosser.

Dans la voiture je pense à cette petite vieille dans son lit d’hôpital. Je pense à mon grand-père qui doit se ronger les sangs pour sa femme.

J’arrive au boulot, je pose mes fesses sur ma chaise et allume l’ordinateur. Je n’arrive pas à me concentrer. Je pense à ces petits vieux de bande dessinée qui se retrouvent devant une dure réalité.

Je téléphone à ma mère.

-          Ouais salut c’est ton fils, je vais monter voir les grands-parents. Tu y vas toi ?

-          Oui, je vais faire à manger à mon père et voir ta grand-mère à l’hôpital,

-          Bon je vais venir aussi.

-          A toute…

-          Ouais à toute…

Je raccroche, termine rapidement un plan en cours et m’enfuis rejoindre ma mère.

Leur maison est une immense masure. Au moins dix ou douze pièces, trois étages. Autrement dit rien d’adapté pour des personnes de leur âge. Malgré tout ils vivent au deuxième étage dans trois pièces rendue habitable alors que le reste est condamné à attendre la moisissure.

Mon grand-père semble heureux de me voir. Lui aussi à une tête tout droit sortie d’une pub pour bonbons. Je ne sais pas quoi lui dire, je suis planté devant ce vieux bonhomme, sa femme est à l’hôpital et je ne sais pas quoi dire.

-          Ca va grand-papa ?

Bravo, qu’elle entrée, qu’elle bagou mon vieux ! T’aurais voulu avoir l’air plus con tu n’aurais surement pas fait mieux.

-          Oui ça va, c’est gentil d’être venu.

On se met à table, mon grand-père au bout de sa table, ses grosses lunettes sur le nez, le dos voûté sur son assiette se met à parler un peu.

-          C’est dingue de penser que tout se qu’on mange là, ça vient de la terre. Tout ça là…

Je suis envahi par un sentiment horrible. Ce petit vieux d’habitude rempli d’entrain est soudain devenu morbide. Il a les yeux mouillés alors qu’il mâchouille doucement ses pâtes.

Le reste du repas est silencieux, l’atmosphère juste remplie de bruit de couverts heurtant les assiettes et de bruit de déglutition.

Ambiance, ambiance !

Mon grand-père part un peu avant nous, j’aide de mon coté à faire la vaisselle avec ma mère. La discussion qui s’en suit n’a rien de joyeuse et les avis sur l’état de santé de la mamy ne sont pas au beau fixe.

Un peu plus tard nous prenons la voiture direction l’hôpital. Il est trop tôt pour les visites mais qu’importe. Arrivé à l’accueil le halle d’entrée est totalement vide. Il n’y a strictement personne, même la lumière de la réception est éteinte. Ambiance fin du monde, tout le monde a disparu sauf deux ahuris avec un bouquet de fleurs.

Nous attendons un moment, finissons par sortir griller trois sèches chacun. La lumière de la réception s’allume, nous entrons donc demander la chambre ou réside la grand-mère.

-          Chambre 2108 au premier étage.

Nous frappons à la porte et entrons. Dans la chambre il y a quatre personnes. Une vieille semble dormir la bouche ouverte, une deuxième nous regarde entrer sans piper mot, la troisième à des yeux exorbités alors que ses poignets sont attachés et les barrières du lit remontées. Je n’ai eu qu’une pensée à cet instant.

-          Tain on n’est pas dans un hôpital ici y a que des vieux à deux doigts de passer l’arme à gauche.

Et là je vis ma grand-mère, elle me sembla minuscule dans sa robe de chambre trop grande, allongée sur son lit, sa peau a la couleur des cadavres que l’on voit dans les journaux. Elle est réveillée, on l’a opérée tôt ce matin et greffé une plaque de titane sur le bassin. Dans l’angle du mur à coté du lit, il y a mon grand-père tout ratatiné assis sur un petit tabouret inconfortable. Il tient sa canne des deux mains et regarde sa femme d’un œil attendri.

On essaie de parler à la petite vieille, elle ne semble pas savoir se qu’elle fait ici. Elle a l’air égarée mais nous reconnaît ma mère et moi. Je me penche sur le lit pour l’embrasser. Le contact avec cette peau si froide me colle un frisson. De sa main décharnée elle me serre les doigts. Je crois qu’elle est contente de nous voir.

Malgré tout, je n’arrive pas à me détacher de la couleur de sa peau, de l’air hagard figé sur sa petite tête. Nous passons quelques heures à son chevet. Plus le temps avance, plus ses propos deviennent confus. Je suis témoins de la fuite en avant de son esprit, elle perd la boule alors que l’on lui parle. Je vois une larme couler sur la peau ridée du papy toujours engoncé dans son angle de mur. Il ne dit rien.

Ma mère travail dans les soins, ce genre de cas elle en voit toutes les semaines depuis 30 ans, je sais à quoi elle pense tout en regardant sa mère. Elle aimerait qu’elle s’éteigne, comme une bougie sans oxygène.

Nous repartons maintenant, il est déjà 17 heures, trop tard pour retourner travailler. Chacun de notre coté nous rentrons chez nous.

J’ai le cœur lourd tout le long du trajet de retour. Ma grand-mère à quatre-vingt huit ans, c’est des choses de son âge, je l’aurais plutôt vu ne jamais se réveiller un matin et finir sa vie calmement. Là elle est dans un hôpital, branchée à toute sorte de tuyaux pour l’aider à manger/boire/respirer. Son organisme trop vieux pour régénère son sang, on la transfuse sans arrêt.

Mais le pire est arrivé quand j’ai tenté d’imaginer ce que pouvait ressentir mon grand-père. Sa femme, celle avec qui il a partagé plus de 60 ans de sa vie, est au bout du rouleau. Il a toujours été là, il est toujours subvenu à ses besoins, il ne l’a jamais abandonnée. Maintenant il voit sa femme malade, perdant rapidement ses facultés mentales.

Je continue ma route, ces images me poursuivront jusqu’au moment d’aller me pieuter. Angoisser d’imaginer mon grand-père dans cette immense maison qui est la sienne, sa femme seule pour la première fois de sa vie…

Posté par Paracethamol à 11:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Un début

Pourquoi un blog ?

Par mode ?

Par envie ?

Par espoir de trouver un ami ?

Non… Rien de tout ça, juste l’envie de déverser un peu de mon amertume/joie/ressenti quotidien/ne dans la masse bouillonnante de textes dont est rempli notre si cher internet.

Me l’ira-t-on ? Qu’importe, moi, ça me défoule.

Posté par Paracethamol à 10:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]